Cassée la voix

 

DSC_0753_modifié-1« Le silence est d’or, alors je me tais » chantait un certain Mc Solaar. Voilà pourquoi le défi s’est figé ces dernières semaines – sur un plan purement littéraire j’entends. Laissez moi vous raconter.

 

Gironde, Le Village des Pruniers, 7 – 14 février 2014

La cloche retentit. Chacun interrompit son activité pour revenir à lui même. Une profonde inspiration pour lâcher prise avec mes pensées, une profonde expiration pour écouter le battement de mon coeur et retrouver l’équilibre. La cloche cessa de sonner. Après ces quelques secondes de répit je rouvrai les yeux, un sourire de sérénité naissant sur mes lèvres. La vie active reprit son cours.

 

Quelques jours plus tôt, à peine recrachée du gigantesque tourbillon dans lequel j’avais été prise, je décidai de chercher refuge.

En Inde? Trop compliqué, pas assez spontané. « Au Village des Pruniers?! » me suggéra Tristan pour la première quinzième fois. (Le Village des pruniers – Plum village pour les english speakers – c’est un monastère bouddhiste dont le travail spirituel est basé sur la pratique de la pleine conscience). Je me couchai pensant « No way!« . Je me réveillai m’exclamant « Mais grave!« . Apparemment pressé de me faire interner se retrouver, Tristan s’enquérit des possibilités de séjour pour moi. « Il y a une retraite dans 2 jours! » Oh waow, ça c’était spontané. J’envoyai un e-mail de réservation. La veille au soir, l’ordinateur restait allumé en attente d’un verdict quand soudain: « Votre réservation est confirmée« . Ainsi soit-il!!

Tant pis pour le pot d’échappement qui venait de trouer et qui donnait un côté  vieille pétrolette qui pue rallye à ma vieille Twingo. Tant pis pour les 6 heures de route en terre montagneuse et vallonnée – même pas peur non plus. Tant mieux si j’allais devoir me lever à 5h tous les matins et enchainer avec de la méditation – même pas peur… c’est FAUX.  Mais rien n’aurait su m’arrêter. J’étais en joie, sûre que j’avais frappé à la bonne porte. J’allais enfin me retrouver dans un cadre propice à la confrontation. Plus d’échappatoire! Solitude, travail de recentrage, discipline!

Ce fut donc pleine d’exigences envers moi même que j’entamais l’aventure. Même les nonnes savaient s’amuser plus que moi, c’est pour dire. J’affrontai enfin ma chère et tendre reconnaissance. Je me voyais chercher le regard, le sourire, les mots de l’autre. Tout ce qui, chez l’autre, put me faire penser que j’avais une raison d’être.  Il m’arriva de ressentir un sentiment de vide, le sentiment de « ne pas compter ». A d’autres moments au contraire, je ressentis une liberté immense. Je n’eus plus à rendre de compte, à me justifier, à être ou agir. Dans les deux sens, j’étais seule, et libre.

Je lâchai prise pour embrasser mes souffrances. J’oubliai les questions pour cesser de chercher des réponses. Je dormai comme un bébé, mangeai comme une princesse et Dame somatisation prit congé.

Avant ce séjour, j’avais dans l’idée que le clocher à côté de chez moi voulait me pousser au suicide rendre chèvre. Il arrivait parfois à me rappeler d’un ton sinistre que le temps passe et que j’étais toujours au chômage – et cela toutes les heures. La cloche du village des pruniers m’amena une perspective différente. En rentrant, je renoncai à l’idée d’envoyer une lettre au maire pour négocier qu’on supprima certains sons de cloche pour ma santé mentale.

DSC_0749_modifié-1

Je ne compris la différence entre austérité et sérénité qu’à mon retour. Après avoir tenté de continuer sur la voie bouddhiste, je finis par entendre et comprendre que plus j’essayais d’être sereine, moins je parvenais à rester moi même. Tristan m’exprima son chagrin de me voir passer du côté obscur de la force. Ce déclic me permit de troquer le masque de Dark Vador ainsi que la robe de maitre Yoda contre mes fringues les plus humbles et sympas. Ce fut un plaisir de me retrouver enfin.

Je prends à présent plaisir à lâcher prise de manière si tranquille. J’accepte que je ne sais rien.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s